... le voici.. le voilà ....
La GossE - Le BloG
"Les gens ont quelque chose en commun, ils sont tous différents" Robert Zend
"Quand on ne sait pas où on va, on finit par arriver ailleurs !"
"J'ai toujours pardonné à ceux qui m'ont offensé mais j'ai la liste !"
"Tout a une fin... sauf le saucisson qui en a deux"
... le voici.. le voilà ....
En croyant réveiller Léonard, la statue qui jette un œil sur tous ceux qui passent le seuil de l’immeuble, j’ai réveillé un souvenir, un chagrin d’amour gros comme celui de Robert… Un soir il est arrivé avec sa moto et son sac et il a dit : « Voilà c’est moi je suis là »… J’ai ouvert le placard, j’ai sacrifié 10 cintres dans la penderie ; j’ai arrêté de dormir au milieu du lit ; j’ai acheté une brosse à dents ; je me suis mise à cuisiner ; je me suis caillée sur la moto en hiver , j’y ai même pris goût …et je l’ai présenté au Patriarche qui avait repéré le manège mais qui discrétion oblige restait motus et bouche cousue… un soir, je suis rentrée, il avait refait son sac, libéré les cintres, embarqué la brosse à dents, il a rien dit et puis il est parti, la seule chose qu’il a laissé c’est la moto… comme j’avais décidé de mourir mais que je n’en avais pas le courage, je me suis organisée autrement, j’ai passé mon permis et j’attendais l’accident qui me délivrerait de ce chagrin à dormir dans la cave… Mon 5ème me paraissait trop vide ou trop plein mais je n’ai pas eu le courage non plus d’aller dormir dans la cave… Petit à petit, je me suis rendue compte de mon complot contre moi même et j’ai attrapé la trouille sur la moto… alors je l’ai vendue, j’ai changé les couleurs de mon 5ème, et j’ai décidé que pour un bon moment il serait trop petit pour rajouter une brosse à dents !
En remontant je me dis que vraiment j’ai du mal avec l’odeur de patchouli de Soph….
A peine le temps d’avaler un casse-croûte, et je file je redescends les 5 étages avec une envie irrépressible d’odeurs de peinture, de cuisine asiatique, d’essence, d’échappements,… parce que vraiment je l’ai dans le nez ce parfum coriace…. Et je sens qui ?… Robert qui trimballe son enveloppe d’humidité … Robert vit dans la cave depuis 15 ans. Il habitait au 2ème et puis sa femme l’a répudié, alors il est allé s’installer dans la cave et il n’en a plus bougé ! 15 ans après, elle a déménagé et il est toujours là comme enterré dans son chagrin. On a tout essayé pour le reloger, le réinsérer, le "re-tout-ce-qu’on-veut", rien à faire il ne veut qu’une chose : rester là et pleurer ! Des chagrins d’amour comme ça, ça me fiche un de ces cafards que je remets toujours à plus tard le moment de descendre à la cave…. Bon allez, l’escabeau dans une main, le pot de peinture dans l’autre, le pinceau entre les dents je pars à la charge… On voit qu’ils sont tous rentrés et que c’est samedi, klaxon toutes les 5 minutes, un peuple qui défile sur le trottoir !!!!… Tiens l’atelier de couture a réouvert, les turcs sont de retour… et ils jargonnent « Mais qu’est ce que tu fais là ? »… « ben la grille, ça se voit pas encore forcément »… Le Patriarche n’a pas tenu 5 minutes et nous voilà à jouer un concerto à 2 pinceaux … Côté pile pour moi côté face pour lui… Le patriarche c’est tellement la star du bricolage dans le quartier qu’il m’a laissé le côté rue, sinon on y passait la nuit ! Le nombre de poignées de main qu’il a pu serrer en restant planqué à l’intérieur ….faut dire que notre concerto avait de quoi rameuter le tout Belleville avec notre peinture qu’on a inventé… de quoi culpabiliser La Maligne qui sort en vélo… de quoi faire pleurer Soph tellement on est mignons (sic)… de quoi faire s’extasier les touristes en visite guidée qui s’arrêtent devant notre cour et les indigènes que nous sommes… de quoi réveiller notre Léonard…
Mais l’événement du jour c’est que j’ai enfin vu les nOuveaux et ils sont tellement bientôt 3 tout jeunes, tout beaux, tout timides que je m’entends bafouiller tout en continuant mon concerto avec Le Patriarche qui me lance un regard approbateur: « Bienvenue au 49 »
Quand il m’a vu dans mes zhabits de chantier, Ouari qui s’essoufflait dans l’escalier a retrouvé le sourire : « La libellule embauche aussi aujourd’hui ? »…. Alors là pas de nouvelles, je l’ai pas croisé depuis plusieurs jours à cause du décalage horaire … mais c’est incroyable comme ma tenue bleue, qui porte les marques évidentes de la crise d’hystérie collective qu’a subi cet immeuble fin août, provoque une cascade de sourires entendus et de marques de sympathie… Les chinois du Restau défilent les uns après les autres avec un sourire radieux et un « bôzour » admirable ! Papa Noël qui mine de rien à l’œil à tout vient toquer chez Le Patriarche : « Alors tu travailles ? »… « Oui je voudrais bien travailler »… Mais y a un grain de sable dans les rouages de cette matinée bien huilée : impossible de mettre la main sur la peinture de la grille de la porte d’entrée, Le Patriarche a oublié où il l’a "rangé". (J’ai des soupçons sur l’auteur de cette amnésie temporaire, j’ai hâte de voir sa trombine à celui là !) On tourne on vire, on retourne l’atelier, Rien !!! Il va falloir l’inventer la peinture de la grille ! Alors nous voilà partis tous les 2 à la grande patouille : du vert clair, du bleu foncé, tout le magasin du Patriarche y passe … c’est pas encore ça ! Heureusement que notre maquilleuse en tout genre, La barbouille, vient de finir ses courses… ben oui c’est du noir qu’il nous fallait, on n’ y a pas pensé parce que c’est pas une couleur… D’ailleurs, en parlant de noir voilà Soph architriste qui revient aussi de ses courses. Dans un sari noir, écharpe nonchalamment jetée sur l’épaule, elle marque un temps d’arrêt et je vois son œil gauche me parcourir discrètement des pieds à la tête pendant que le droit reste impassible! Pas un mot sur les travaux, les peintures… La libellule déboule aussi des courses et vole la vedette en matière d’accoutrement : pantalons à dentelle, et c’est à croire qu’elle a mis les sous vêtements sur les vêtements… Le genre de truc que j’oserais jamais sauf à la plage ! Et la maman d’Alex arrive aussi et nous voilà toutes dans la cour à côté du Patriarche qui patouille toujours… Et là je ne sais pas ce qui lui prend à La libellule mais la voilà qui commence à commenter les montées de lait de la maman d’Alex qui a eu un petit Basile et ça dérape sur les tours de poitrine, les hormones…. Voilà Le Patriarche qui passe par toutes les couleurs de ses peintures… Bon les filles, y a du boulot et vous allez faire peur aux nouveaux avec vos conversations en plein milieu de la cour ! Ben oui, tiens, ils sont où les nOuveaux ? vous les avez vus vous ? A part bruyants, ils sont comment ? Personne sait sauf Le Patriarche qui ne veut rien dire… Punaise, il est déjà midi, l’heure de la pause, et j’ai pas encore mis un gramme de peinture sur la grille !
Ce regard là te colle juste l’envie de le laisser faire ou de lui donner un coup de main. D’ailleurs ça me démange de reprendre le pinceau et le rouleau, une frénésie irrépressible comme une envie de gâteaux bénis par le rabbin … alors la première chose que je fais en rentrant c’est de prendre rendez vous demain matin avec Le Patriarche pour fignoler la porte d’entrée c’est à dire faire la grille sans hésitation, sans tergiversation. La tergiversation c’est une spécialité du Patriarche : « Tu crois vraiment que ça vaut la peine ? oh si c’était que moi… vraiment tu crois ? » …. c’est rien qu’une stratégie, il est malin comme un singe celui là, tout ça pour qu’on finisse par dire : « si, si ; faut le faire… t’as ce qu’il faut Jean ? » et alors là, on voit la p’tite loupiotte dans ses yeux qui s’allume, il se frotte les mains, il a le sourire qui lui monte jusqu’aux oreilles et il file à l’atelier tout remuer là dedans … au milieu des machines, des lampes à vélo, des bouts de bois, des vis comme ci des limes comme ça, des pinceaux, des rouleaux, des ciseaux à bois, des pompes à vélo rétro, des affiches de cinéma, du parasol jaune, du bureau, des papiers de la copro, de la machine à écrire, des pots de peinture, de vernis, … bref d’un fatras comme on ne peut même pas l’imaginer, il s’y retrouve toujours et te sort en deux minutes tout ce qu’il faut ! je ne parle pas de l’appart, il a été obligé de tracer une allée autour de la table avec des rondins de bois pour s’empêcher lui même d’entreposer entre la table et les chaises (Véridique ! Authentique !)… c’est son petit coin de folie à lui: tout récupérer, tout entreposer, faire des tas, des collections de bouteille, de cadres, de livres, de cafetières, de lampes à pétrole… et j’en passe… une vie ne suffirait pas à les énumérer !!!!
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